Organiser ses exercices d’évacuation

Quelques flammes au bout du couloir, la fumée monte… Il faut faire sortir tout le monde !… Mais, par où commencer ? Par où partir ? Je crie « Au feu, au feu !… »
Soudain, les gens sortent de toute part, je suis bousculé… Ouf, je ne suis pas tombé. Des personnes hurlent, commencent à pleurer et cherchent à passer avant les autres… Mais où est passé mon collègue Alain? Est-il sorti ? Il me semble qu’il était aux toilettes. A-t-il entendu ? A-t-il compris qu’il faut sortir ?
Si seulement nous avions organisé cela…, si nous avions fait des exercices… Mais, personne ne savait comment s’y prendre…
Pour éviter de vous retrouver un jour dans ce genre de situation, voici quelques conseils et informations utiles :

1/Qu’est-ce que l’évacuation ?

L’évacuation consiste à mettre en sécurité tous les occupants d’une zone ou d’un bâtiment.
• Soit en les acheminant à l’extérieur vers un point de rassemblement,
• Soit en les conduisant vers une zone de mise en sécurité (immeuble de grande hauteur, hôpitaux,…)

L’évacuation peut être déclenchée en cas de :
• incendie ou présence de fumées,
• de catastrophes naturelles,
• de risque d’effondrement,
• de fuite de gaz,
• de libération de produits toxiques (sauf consignes de confinement),
• d’alerte à la bombe,
• d’atteinte grave aux personnes (suicide, meurtre,…).

Elle se déroule selon plusieurs phases :
• prévenir les occupants,
• les guider sur l’itinéraire d’évacuation en donnant des instructions précises et grâce à une signalisation claire et normalisée,
• s’assurer que la totalité des occupants a réellement quitté les lieux,
• vérifier leur présence au point de rassemblement et signaler les personnes manquantes.

2/Obligations règlementaires :

Attention : ce qui suit ne traite que des établissements soumis au code du travail.
Les établissements recevant du public et les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) sont soumis à des contraintes plus lourdes.

Consignes de sécurité incendie

Dans les établissements mentionnés à l’article R. 4227-34, une consigne de sécurité incendie est établie et affichée de manière très apparente (Code du travail Art R. 4227-37)
Commentaire : il s’agit des établissements de plus de 50 personnes et de ceux où sont manipulés et mis en œuvre des matières explosives et inflammables

Dans les autres établissements, des instructions sont établies, permettant d’assurer l’évacuation rapide des personnes occupées ou réunies dans les locaux. » (Code du travail Art R. 4227-37 et Décret n°2010-78 du 21 janvier 2010)
Commentaire : le décret a étendu des consignes incendie plus légères à tous les établissements (moins de 50 personnes)

La consigne de sécurité incendie indique :
• 1° Le matériel d’extinction et de secours qui se trouve dans le local ou à ses abords ;
• 2° Les personnes chargées de mettre ce matériel en action ;
• 3° Pour chaque local, les personnes chargées de diriger l’évacuation des travailleurs et éventuellement du public ;
• 4° Les mesures spécifiques liées à la présence de personnes handicapées, et notamment le nombre et la localisation des espaces d’attentes sécurisés ou des espaces équivalents ;
• 5° Les moyens d’alerte ;
• 6° Les personnes chargées d’aviser les sapeurs-pompiers dès le début d’un incendie ;
• 7° L’adresse et le numéro d’appel téléphonique du service de secours de premier appel, en caractères apparents ;
• 8° Le devoir, pour toute personne apercevant un début d’incendie, de donner l’alarme et de mettre en œuvre les moyens de premier secours, sans attendre l’arrivée des travailleurs spécialement désignés. (Code du travail Art R. 4227-38)

L’employeur informe les travailleurs sur les risques pour leur santé et leur sécurité. Cette information porte sur ……. les consignes de sécurité et de premiers secours en cas d’incendie, prévues à l’article R. 4227-37. » (Code du travail Art R. 4141-3-1)

Plans d’évacuation

(ne pas confondre avec la consigne)

Il n’y a pas d’obligation légale (code du travail) contrairement à ce qu’affirment certains prestataires en la matière. En revanche, ces plans permettent d’avoir une consigne beaucoup plus lisible et exploitable.
Leur conception est normalisée (NF S 60-303)

Alarme sonore

Les établissements dans lesquels peuvent se trouver occupées ou réunies habituellement plus de cinquante personnes, ainsi que ceux, quelle que soit leur importance, où sont manipulées et mises en œuvre des matières inflammables sont équipés d’un système d’alarme sonore. (Code du travail Art R4227-34)
Le signal sonore d’alarme générale est tel qu’il ne permet pas la confusion avec d’autres signalisations utilisées dans l’établissement. Il est audible de tous points du bâtiment pendant le temps nécessaire à l’évacuation, avec une autonomie minimale de cinq minutes. (Code du travail Art R 4227-36)
Commentaire : il faut donc s’assurer de son bon fonctionnement .

Exercices

Essais et visites périodiques du matériel et exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale, à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les diverses manœuvres nécessaires. (Code du travail Art R4227-39)
Ces exercices et essais périodiques ont lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations auxquelles ils peuvent avoir donné lieu sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail.
Commentaire : la tenue du registre est un élément de preuve important. Ne pas la négliger

3/Organiser et préparer

L’organisation est souvent le talon d’Achille du dispositif. Elle doit être particulièrement soignée d’autant qu’en cas d’urgence, la panique peut gagner les personnes à mettre à l’abri et que bien souvent des situations dangereuses additionnelles compliquent la tâche. Elle doit donc être réfléchie avec soin pour ne pas engendrer d’autres victimes.
Le comportement humain est à prendre en considération d’une façon générale tout comme les particularités des personnes concernées ou de la configuration des lieux :
• handicapés physiques ou mentaux, malades, personnes âgées ou jeunes enfants (hôpitaux, maisons de retraite, crèches, écoles…),
• bâtiments de grande hauteur, infrastructures souterraines (tunnels, galeries …),
• risques particuliers (chimiques, biologiques, radiologiques).

La bonne préparation permet de planifier le déroulement de l’évacuation. Et notamment de préciser aux équipes chargées de la mise œuvre et aux personnels à évacuer :
• les rôles et missions de chacun,
• les formations initiales et entraînements,
• la liste nominative des différents intervenants (guides et serre-files),
• La détermination des itinéraires d’évacuation (vérification de la signalisation et de l’éclairage de sécurité),
• Les moyens et matériels d’évacuation (manches, chaises et brancards d’évacuation …).

3.1/Qui fait quoi ?

Dans le cas d’un établissement conséquent, les bâtiments sont divisés en zones confiées à des équipes d’évacuation. Chaque équipe d’évacuation est composée d’un guide d’évacuation et d’un ou plusieurs serre-files. Quel que soit leur rôle, les membres de l’équipe d’évacuation doivent être rassurant et donner des directives précises et claires. En tout temps les équipes d’évacuation s’assurent au quotidien de la vacuité des itinéraires d’évacuation et des issues de secours (libres de tout encombrement).
En l’absence du guide, l’un des serre-files le supplée.

3.1.1/Les guides d’évacuation

Leur mission consiste à :
• Disposer en permanence d’une liste des personnes présentes dans leur zone de responsabilité.
• Conduire un groupe de personnes en dehors de sa zone en suivant les itinéraires prévus, aller jusqu’au point de rassemblement et y rester
• Procéder au recensement des personnes évacuées et des personnes manquantes.
• Coordonner la réintégration des lieux de travail

3.1.2/Les serre-files

Leur mission consiste à :
• s’assurer que personne n’est resté dans les locaux en les passant en revue (bureaux, vestiaires, sanitaires etc…)
• Interdire tout retour en arrière.
• Refermer les portes des locaux
• Informer le guide d’évacuation que les locaux confiés à l’équipe sont vides de tout occupant.

3.1.3/Les autres personnes présentes

Elles doivent :
• Evacuer les locaux immédiatement dès que l’ordre leur en est donné.
• Suivre le guide et respecter les directives données par l’équipe d’évacuation.
• Refermer les portes derrières elles.
• S’abstenir de fumer pendant la durée de l’évacuation (réelle ou en exercice)

Les consignes et règles d’évacuation sont rappelées à tous quelques semaines avant les exercices. Une formation à doit être dispensée à chaque nouvel arrivant (embauche, intérim, stage,…).
Elle porte sur :
• La composition de l’équipe d’évacuation qui la prendra à charge le jour J.
• La conduite à tenir en cas d’évacuation (diffusion de l’ordre, itinéraire, point de rassemblement)
• L’emplacement de la consigne de sécurité.

3.2/Désigner les guides et serres files et les former

Les équipes chargées de l’évacuation sont choisies parmi les salariés dont le leadership est affirmé et qui sont aptes à prendre une décision en situation de stress. Il est déconseillé de désigner systématiquement les responsables hiérarchiques surtout lorsque leurs fonctions les amènent à être fréquemment absents des locaux.
Il est vivement conseillé de dispenser aux équipes d’évacuation une formation théorique portant les procédures à appliquer et, dans toute la mesure du possible, une formation pratique portant sur la conduite à tenir en cas de complication (absence de visibilité, envahissent des lieux par les fumées, élévation de la température, feu dans les cages d’escaliers et couloirs) , idéalement avec une petite mise en situation.

3.3/Les points de rassemblement

Le point de rassemblement est l’endroit où sont regroupés les occupants après une évacuation.
C’est le lieu où :
• est procédé à l’appel pour s’assurer que personne n’a pu rester à l’intérieur,
• sont données les premières consignes sur la suite des évènements (réintégration des locaux, départ de l’entreprise des personnes qui ne sont pas utiles aux opérations, …)

Le choix du point de rassemblement doit être fait de façon à ne pas gêner l’approche des secours extérieurs, tenir l’ensemble de l’effectif en dehors de fumées, à l’abri des risques d’explosion et de chute de matériaux ou d’objet.

4/Tirer les enseignements des exercices

Ces exercice sont obligatoires et de surcroit, ils permettent de :
• Sensibiliser à l’utilité de l’évacuation l’intégralité des personnes présentes dans l’établissement (salariés, intérimaires, stagiaires et sous-traitants)
• Reconnaître le signal sonore : Un signal sonore spécifique et normalisé (NFS 32001), audible en tous points et connu de tous entraîne immédiatement et obligatoirement l’évacuation.
• Vérifier la pertinence et la tenue à jour des consignes et procédures. Elles sont affichées obligatoirement à tous les niveaux et elles précisent la conduite à tenir
• Former à l’évacuation de façon à acquérir collectivement les réflexes pouvant un jour épargner des vies.
• Sensibiliser aux risques d’incendie

Une entreprise ne progresse dans ses capacités à évacuer ses salariés qu’en s’appuyant sur le retour d’expérience de ses exercices. Sous la houlette de l’organisateur, des observateurs seront désignés. Ils vérifieront notamment que personne n’ai été oublié dans les locaux et le respect des procédures. Les informations qu’ils collectent sont souvent précieuses. Elles participent efficacement à améliorer et à fiabiliser le dispositif.
Nous nous trouvons là dans une démarche d’amélioration continue.

Le débriefing à chaud

Comparable à un sondage « sortie des urnes », il permet de donner aux participants une première tendance sur la qualité de l’exercice. C’est aussi l’occasion de rappeler à tous l’utilité d’être en mesure d’évacuer efficacement en cas de problème réel.

Le compte-rendu

Etabli par écrit par l’organisateur de l’exercice, ce compte rendu permettra une analyse plus approfondie.
Il comporte à minima :
• les constations objectives du déroulement,
• le rappel de ce qui est attendu,
• ce qui a été réalisé,
• la comparaison avec ce qui a été réalisé lors de l’exercice précédent,
• Les point forts et voies d’amélioration,
• Les propositions d’amélioration (procédure et matériels)

Le compte rendu sera conservé et présenté sur demande des autorités en même temps que le registre de sécurité.

A noter : le CNPP commercialise des carnets de formulaires de compte-rendu qui peuvent être satisfaisants et suffisants pour de nombreuses entreprises. (http://www.cnpp.com/fr/Boutique-Editions/Outils-methodologiques-et-formulaires/Formulaires/Exercices-d-evacuation/ )

Formation sur ce sujet
Etre épaulé sur ce sujet

Nous pouvons vous aider sur ce sujet. Contactez-nous…
Demande d’information gratuite