Se rendre sur son lieu de travail malgré la neige et les intempéries ?

La France grelotte une nouvelle fois. La vague de froid et de neige est attendue. Elle peut provoquer de nombreux retards et ralentissements sur les routes ou à bord des transports en commun. Vous risquez de circuler dans des conditions difficiles voir pas du tout. Professionnellement, cela gêne les salariés de votre entreprise et perturbe beaucoup le fonctionnement de tous les services. Pour chacun d’entre eux les questions sont : Que faire ? Dois-je aller travailler ? Y a-t-il d’autres solutions ? Si je dois me déplacer, comment le faire en prenant le moins de risque ?
Côté l’employeur, les questions sont tout aussi nombreuses.
Je vais vous donner quelques clés pour vous aider à voir plus clair sur ce sujet et vous permettre de prendre les décisions les plus adaptées à la situation.

La première question : les absences et retards.

1/ Le droit :

En cas de force majeure rien ne peut être reproché au salarié. La notion de « force majeure » est d’origine jurisprudentielle sous le contrôle de la Cour de Cassation. La force majeure entraîne la suspension et la disparition du contrat ainsi que l’exonération de responsabilité (art 1148 du Code civil).
Les critères pour définir la force majeure : l’évènement doit être à la fois :
• extérieur (circonstance étrangère au salarié ou à l’employeur) ;
• imprévisible (au moment de la conclusion du contrat);
• et irrésistible (tout dépend donc de l’importance des intempéries et de l’état du trafic et des transports en commun).

2/ Quid des retards et journées d’absence.

Les journées d’absence :

Un employeur peut proposer à ses salariés plusieurs solutions pour cette ou ces journées particulières. En effet, Quand un salarié ne travaille pas, l’employeur n’est pas obligé de le rémunérer. La question se pose au cas par cas. Les modalités de prise de RTT dépendent des accords de réduction du temps de travail (dits accord RTT). L’employeur peut proposer, voir même imposer si l’accord le lui permet, de prendre une journée de RTT. Dans le cas où le salarié ne bénéficie pas de jours RTT, l’employeur peut lui demander de prendre un jour de congé payé.

Récupération des heures perdues

Selon l’article L3122-27 du Code du Travail, « Seules peuvent être récupérées, selon des modalités déterminées par décret, les heures perdues par suite d’interruption collective du travail » notamment les heures perdues « Résultant de causes accidentelles, d’intempéries ou de cas de force majeure »C’est à l’employeur de fixer les modalités de cette récupération qui doit intervenir dans les douze mois suivant (article R 3122-4 du Code du Travail)

3/ Partir plus tôt du travail en raison des intempéries :

Un salarié n’a pas le droit de partir plus tôt pour anticiper les difficultés de transport sans autorisation de son employeur. En pratique, le bon sens l’emporte dans l’immense majorité des cas. En fonction de la situation, bien souvent, les employeurs autorisent le départ de tout ou partie de leur personnel. Ils favorisent souvent prioritairement le départ des salariés dont les domiciles sont les plus éloignés et ceux n’occupant pas des postes indispensables au fonctionnement de leur service.

4/ L’éclairage du bon sens :

Les services de météo France annoncent des intempéries :
• Renseignez-vous afin de connaître l’état des routes ;
• Informez-vous sur les prévisions de trafic des transports en communs ;
• Les salariés doivent prévenir au plus tôt leur employeur des risques d’absence ou de retard important;
• Organisez-vous, que vous soyez employeur ou salarié, pour trouver une solution pour gérer au mieux cette situation exceptionnelle.
• Anticipez et prévoyez des solutions afin que vous soyez prêt à affronter la prochaine situation de ce type.

La seconde question : gérer et anticiper ces situations

1/ Le télétravail

« En cas de circonstances exceptionnelles, comme des cas d’épidémie ou force majeure, le télétravail peut être considéré comme un aménagement du poste de travail, rendu nécessaire pour assurer la continuité de l’activité… » (Code du travail article L1222-11). Pour ne pas ralentir l’activité de l’entreprise, l’employeur peut donc demander à ses salariés bloqués par la neige de travailler depuis chez eux. Ils peuvent refuser s’ils ne disposent pas du matériel nécessaire.

2/ Le covoiturage

Le covoiturage n’a de sens qu’à la condition que le véhicule utilisé permette de circuler en sécurité. Il pourra s’agir d’un véhicule à quatre roues motrices et/ou équipé de pneus d’hiver voir de chaines et dont le conducteur est aguerri ou formé à la conduite en conditions d’adhérence réduite. L’employeur peut le suggérer, mais l’organisation pratique en revient au salarié. Il peut prendre contact avec un collègue ou un voisin se déplaçant à bord d’un tel véhicule sur un trajet similaire. L’idéal est de convenir de ce genre de choses avant l’hiver.

3/ La conduite en condition d’adhérence dégradée.

La faible adhérence va faire sous-réagir ou sur-réagir le véhicule à toutes sollicitations des commandes. Une vitesse très limitée s’impose. Des actions très douces et progressives vous permettront d’éviter de partir à la faute. Il s’agit de « conduire sur des œufs », c’est une image très parlante. Quoi qu’il en soit, préventivement, le mieux est de monter dès le début de l’hiver des pneus dits « contact », très efficaces lorsque la température descend sous la barre de 7 degrés et notamment sur le verglas. En revanche, en cas de neige abondante, seules les chaines vous aideront. Aussi, il est conseillé de penser à les déposer dans le coffre du véhicule en début d’hiver et de s’entrainer préalablement à les installer.

Motricité et démarrage :

Paradoxalement, si vous patinez, il faut commencer par déconnecter les aides à la conduite de type anti-patinage et ESP (le voyant allumé lorsqu’ils sont déconnectés). Ces dispositifs corrigent les pertes d’adhérence en coupant la puissance du moteur et en freinant une ou plusieurs roues, ce qui a pour conséquence de vous laisser sur place ! Mais attention, une fois déconnectés, ils ne sont plus là pour vous tirer d’une situation délicate. Vous devez donc redoubler de vigilance, adapter votre vitesse aux conditions d’adhérence et penser à les reconnecter (voyant éteint) dès que possible. Pour limiter les risques de patinage, il est préférable de rouler sur le rapport supérieur et de démarrer en seconde. Il est inutile de s’acharner à accélérer lorsque la voiture patine et n’avance pas : cela a pour conséquence de creuser la neige et d’aggraver la situation.

Freinage :

Les intempéries augmentent considérablement les distances de freinage. Pour s’arrêter à 50km/h, la distance nécessaire est en moyenne de :
• 8 mètres sur route sèche,
• 16 mètres sur route mouillée,
• 32 mètres sur route enneigée,
• 64 mètres sur route verglacée.
Anticiper, garder ses distances et surtout limiter sa vitesse même si d’autres usagers ne le font pas sont des comportements fondamentaux. Ne jamais oublier que les conditions d’adhérence peuvent changer très rapidement d’un endroit à l’autre.
Il convient de freiner avec beaucoup de douceur et de progressivité : il faut éviter de bloquer les roues et de laisser le système antiblocage (ABS) prendre la main, il donne des à-coups générant à leur tour des pertes d’adhérence. Pour les véhicules plus anciens qui ne sont pas équipés d’ABS, bloquer ses roues au freinage fait partir la voiture en luge. Le volant devient alors totalement inopérant.

Virages :

Une règle d’or : se forcer à regarder là où l’on souhaite aller et jamais en direction de l’obstacle que l’on redoute. Le regard influence le geste et la réaction.
En début de dérapage, puisque l’on roule à vitesse réduite, le mieux est de débrayer à fond et attendre que la voiture se calme en s’abstenant absolument de freiner. Il suffira de lever ensuite très progressivement le pied de l’embrayage. Si les choses se gâtent et que l’angle de dérapage devient important, en plus de débrayer, il faudra contre-braquer. Pour cette manœuvre, la direction du regard est primordiale.

Petite astuce pour sortir d’un trou :

Voici une astuce à l’effet limité mais qui peut vous tirer d’affaire si l’une vos roues motrices patine dans un trou peu profond : la balançoire. L’astuce fonctionne selon le même principe que le jeu de notre enfance. On commence par faire bouger légèrement la voiture débrayant doucement (au début, un à deux centimètres). Puis, il faut débrayer dès que la roue patine. Ceci a pour effet de laisser retomber la voiture. En revenant, elle dépassera le point initial puis ré-avancera pour revenir au fond du trou. Dès qu’elle ré-avance, à cet instant précis, il faudra donner une seconde impulsion grâce au moteur. En répétant l’opération, un mouvement de balancier va s’établir. Il prendra de plus en plus d’amplitude jusqu’à vous permettre de sortir du trou.