Travail par forte chaleur : précautions et anticipation

Chaque année, les fortes chaleurs de quelques journées d’été sont à l’origine de nombreux accidents du travail dont une partie peut être mortelle. A cela s’ajoute les conditions caniculaires exceptionnelles qui ont touché plusieurs fois la France ces dernières années. Aussi, il est important de connaitre les réactions du corps humain, de pouvoir prévoir et d’anticiper les périodes de risques. Cela permet de prendre les mesures adaptées pour préserver la santé et la sécurité des salariés tout en maintenant ce qu’il est possible de l’activité de l’entreprise.

1/ Que dit la loi ?

Le code du travail

Le Code du travail ne prévoit pas de température au-delà de laquelle le travail doit cesser et qui permettrait aux salariés de quitter l’entreprise.

Mais, l’employeur doit veiller à ce que l’air soit renouvelé de façon « à éviter les élévations exagérées de température « (Art R4222-1 du code du travail). En dehors de toutes notions de chaleur, l’employeur doit mettre « à la disposition des travailleurs de l’eau potable et fraîche » (Art R4225-2 du code du travail). « Lorsque des conditions particulières de travail conduisent les travailleurs à se désaltérer fréquemment, l’employeur met gratuitement à leur disposition au moins une boisson non alcoolisée » (Art R4225-3 du code du travail).

L’obligation de sécurité

Une jurisprudence de la cour de cassation nous dit que « En vertu du contrat de travail le liant à son salarié, l’employeur est tenu envers celui-ci à obligation de sécurité de résultat » (Cass Soc. 28 février 2002).
D’autre part, l’obligation de sécurité de résultat interdit à l’employeur « d’adopter des mesures d’organisation du travail qui auraient pour objet ou pour effet de compromettre la santé et la sécurité des travailleurs » (Cass. Soc. 05 mars 2008).
Enfin, les employeurs sont tenus de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé de leurs salariés en tenant compte des conditions climatiques (articles L. 4121-1 et suivants du Code du travail). Le code du travail prévoit aussi que tout employeur doit prendre en considération le risque « fortes chaleurs » lors de son évaluation des risques professionnels et mettre en œuvre un plan d’actions.

Le droit de retrait

Si un salarié a « un motif raisonnable de penser qu’une situation présente un danger grave et imminent pour sa santé », il peut se retirer de cette situation. L’employeur ne peut pas le contraindre à reprendre le travail (Art L. 4131-1 du code du travail).
Une température trop élevée à l’intérieur d’un bâtiment, en raison des conditions météorologiques et en l’absence de dispositif de climatisation ou de ventilation peut, selon la situation, être une source de risque pour les salariés (en particulier pour des rythmes de travail soutenus ou intenses).
Mais attention, en cas de litige, c’est le juge qui estimera si l’exercice du droit de retrait était fondé ou non.

2/ Le corps humain et ses limites

Effets sur l’homme

Lors de journées très chaudes, l’organisme est fortement sollicité. Il faut particulièrement redoubler de prudence lorsque la température de nuit avoisine ou dépasse 25 °C. La qualité et la durée du sommeil sont dégradées.
Lorsque le corps est soumis sur plusieurs jours à des températures plus élevées, des mécanismes physiologiques d’adaptation se mettent en place. Ces mécanismes ont leurs limites et peuvent prendre parfois plusieurs semaines avant d’être efficaces.
La résistance dépend de chaque individu et varie dans le temps. Il est donc difficile de définir des seuils limites au-delà desquelles les risques pour la santé sont réels. A noter que d’autres facteurs aggravants tels que la pénibilité (Art D. 4121-5 du code du travail) peuvent majorer ces risques.
Néanmoins, d’une façon générale, deux températures sont à garder en tête :

  • 30°C : il faut rester vigilant !
  • 33 °C : danger !

Les premiers signes d’alerte qui doivent attirer l’attention du salarié et son entourage sont :

  • les symptômes de malaise,
  • les troubles en fin de journée de travail (fatigue, étourdissement, maux de tête…).

Premiers secours en cas de coup de chaleur

Signes

Certains signes sont les précurseurs de troubles importants de déshydratation et de coup de chaleur, ils annoncent des dérèglements potentiellement mortels.
Voici ce qui doit attirer l’attention :

  • Fatigue,
  • maux de tête,
  • vertiges,
  • crampes musculaires,
  • peau sèche et chaude,
  • agitation, confusion…,

Conduite à tenir :

La température de son corps risque de dépasser 40 °C : Il s’agit d’une urgence vitale. Il faut absolument :

  • 1-Alerter ou faire alerter les secours : Samu (15), pompiers (18).
  • 2-Placer la victime dans un endroit frais et bien aéré.
  • 3-Desserrer ses vêtements. La déshabiller si possible.
  • 4-Pour faire baisser sa température, il faut l’arroser ou poser sur elle des linges humides. Tout le corps peut être recouvert. Ne pas oublier la tête et la nuque et de renouveler régulièrement les linges. Faire le plus possible de ventilation.
  • 5-Si la victime est consciente, lui faire boire de l’eau fraîche régulièrement et en petites quantités.
    Si la victime est inconsciente, rester auprès d’elle et attendre les secours. Un secouriste la placera en position latérale de sécurité. A défaut, l’allonger sur le côté.

3/ Les mesures à mettre en œuvre en cas de forte chaleur

Les conseils aux salariés

Sensibiliser les salariés pour les amener à modifier leurs comportements et avoir les bons réflexes en cas de risque avéré, permet de faire face, dans de bien meilleures conditions, aux contraintes thermiques. L’information des salariés doit porter, au-delà des seuls risques générés par la chaleur, sur les mesures de premiers secours.

La température monte, il faut prendre de nouvelles habitudes :

  • Boire de l’eau fréquemment y compris en l’absence de sensation de soif (un verre / 15 à 20 minutes)
  • Pour favoriser l’évaporation de la sueur, porter des vêtements clairs, amples et légers
  • Se protéger la tête du soleil.

Prendre soin de sa santé et de son hygiène de vie :

  • Éviter les boissons alcoolisées.
  • Limiter sa consommation de tabac dans la mesure du possible.
  • Éviter les aliments gras et les repas copieux.
  • En cas d’état nécessitant une surveillance particulière (traitement, maladie chronique, régime alimentaire, grossesse…), demander conseil à un médecin.

Ne pas laisser une situation à risque en l’état :

Les témoins d’une anomalie pouvant être à l’origine d’un problème doivent la signaler sans tarder (bonbonnes d’eau vides, panne de ventilateur,…) 

Gérer ses efforts :

  • Éviter ou réduire les efforts physiques importants,
  • Selon la tolérance à la chaleur de chacun, adapter le rythme de travail.
  • Utiliser chaque fois que possible des moyens mécaniques de manutention pour les ports de charge, (chariot, diable…).
  • Ne pas accélérer le rythme habituel : par fortes chaleurs vouloir travailler plus vite pour finir plus tôt augmente les risques d’accidents physiologiques mais aussi tous les autres risques d’accidents du travail.

Pour sa sécurité assurer son confort :

  • Choisir chaque fois que c’est possible des zones ombragées pour des travaux en extérieur,
  • Supprimer toute source inutile de chaleur : éteindre le matériel électrique non utilisé tel que ordinateur, imprimante, lampe, cafetière,… (c’est aussi très bon pour la planète et les factures d’énergie).

Les bons réflexes de l’employeur

Bien avant les périodes critiques il faut penser à l’organisation qu’il sera nécessaire d’activer si besoin. Il faudra réfléchir notamment à la meilleure façon de privilégier le travail en équipe qui permet une surveillance mutuelle des salariés et de se porter assistance rapidement. Le travail isolé est vraiment à éviter sur ces périodes-là.

La vigilance météo

En cas de canicule en France métropolitaine, la carte de vigilance de Météo France signale les dangers qui menacent un ou plusieurs départements dans les vingt-quatre heures. Quatre couleurs (vert, jaune, orange, rouge) indiquent le niveau. Dès le niveau jaune « canicule », un commentaire national accompagne la carte (disponible sur internet : www.meteofrance.com). Elle est réactualisée deux fois par jour et plus fréquemment si nécessaire.
C’est un outil précieux qui permet d’anticiper pour organiser ou aménager le travail en fonction des conditions météorologiques.

Demander des efforts physiques mesurés :

Lorsque la température monte, mieux vaut :

  • limiter autant que possible le travail physique et reporter à plus tard les tâches lourdes,
  • utiliser systématiquement les aides mécaniques à la manutention,
  • permettre au salarié d’adapter son travail à son propre rythme biologique.

Si l’élévation de la température reste « modérée » :

  • Installer des points d’eau potable et fraîche facilement accessibles.
  • Prévoir des endroits climatisées ou à l’ombre où se réfugier lors des pauses ou dès les premiers symptômes de malaise.
  • Prévoir des petits équipements qui limitent les effets des températures excessives (ventilateurs, brumisateurs, stores, abris en extérieur…).
  • Limiter si possible le temps d’exposition consécutive au soleil.
  • Organiser la permutation des postes, s’il en existe de moins exposés.

En ménageant la santé des salariés tout en préservant l’employeur de la mise en jeu de ses responsabilités, ces quelques points de bons sens permettront à tous de traverser les périodes critiques estivales dans de bonnes conditions.